Paul Ricoeur, Sur la traduction

Sur la traduction est une collection de trois discours courts sur la traduction dont un est inédit. Les trois textes se chevauchent. Je me contente ici donc de souligner quelques points qui me semblent particulièrement pertinentes.

Comme j’ai déjà mentionné dans le post sur Michael Wintroub, Ricoeur fait un lien extrêmement précieux entre la théorie de traduction et la pensée de Freud. La traduction, il soutient, est un travail de mémoire ainsi qu’un travail du deuil. Elle préserve ce qu’elle peut, toujours en reconnaissant que la préservation parfaite est une chimère, un rêve (appelé “le rêve de non-traduction” par John Sallis) duquel il faut encore et encore se séparer.

Ricoeur introduit l’idée de l’hospitalité langagière. Malheureusement, il n’explique pas quoi exactement ca veut dire, au moins dans ce livre. Cependant la notion d’hospitalité me semble absolument essentielle pour penser l’éthique de la traduction.

Peut-être la partie la plus fascinante et appréciée ici est la défense, par Ricoeur, de la possibilité et nécessité de traduction contre deux positions opposées. L’une, celle des poètes disons, propose une hétérogénéité radicale des langues et declare donc impossible la traduction. L’autre, celle des métaphysiciens disons, reconnaît la réalité et possibilité de la traduction et cherche donc un fond commun pour toutes les langues. Cette option se présente dans des guises différents : la théorie du grammaire universel de Chomsky, la recherche d’un origin commun des toutes les langues par la philologie allemand du XIXème siècle, le messianisme linguistique de Walter Benjamin. Or s’ils ne rendent pas impossible la traduction ils visent à la rendre superflu. Il rêvent tous le rêve de non-traduction.

Ricoeur donne aussi une lecture du mythe de Babel. Dans sa lecture, supporté par les verses de Genèse 10.31-2 et l’autorité de Paul Beauchamp et Umberto Eco, la confusion de langues n’est pas forcement une façon de punir les hommes. La pluralité des langues est simplement un fait donné avec lequel il fallait vivre. Or il me semble que Steiner a une mieux réponse à la question : pourquoi y a-t-il une multiplicité des langues ? C’est parce que les langues ne servent pas seulement – ne servent peut-être même pas principalement –  à la communication mais à protéger les secrètes des communautés contres ceux à l’extérieur.  Ricoeur, il semble, a ses réservations mais c’est ne pas claire pour moi s’il n’est pas finalement d’accord avec Steiner, lequel il cite et discute sur ce point.

Finalement, c’est intéressant ce que Ricoeur dit sur le comparatisme constructif, un terme qu’il prend de Marcel Détienne. J’ai essayé de formuler quelques pensées en réponse à ce terme dans l’article sur Antoine Berman ici (premier point vers la fin de l’article).

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